CENTRE DE VIE ENFANTINE DE LA CHIÉSAZ

PAIRI-DAEZA

Concours — Collaboration : Jules Chabbey

 
 

« Pairi-daeza » signifie en vieux persan « verger protégé par des murs ». C’est l’origine du mot « Paradis ». Le terme évoque ainsi la volonté de créer un Eden de candeur où les enfants peuvent s’épanouir en sécurité absolue et se développer librement. Un monde propre aux enfants au sein du parc — évocateur d’un lieu « à eux », où ils auraient hâte de revenir. La typologie d’une cour ouverte sur le parc permet de définir clairement le périmètre de ce monde, tout en évitant de diviser le parc par des enclos extérieurs arbitraires. La cour est l’espace extérieur principal, celui où se jouent le quotidien, la rencontre, la confiance. Elle est conçue comme un jardin, où les enfants peuvent développer leur curiosité en toute simplicité et où les parents peuvent confier leurs enfants au personnel sans la moindre inquiétude.

Implantation

Le Centre de Vie Enfantine et les trois bâtiments de logement se placent sur l’étendue de verdure comme une collection d’entités libres et indépendantes dans un parc continu et indivisé. Ils sont positionnés de manière à favoriser les vues sur l’église réformée de La Chiésaz, le transformateur de 1914 et le parc. Par leur échelle, ils étendent le périmètre du centre du village vers celui du tissu pavillonnaire. Par leurs toitures en pente et leur positionnement libre, ils maintiennent le caractère du village et des villas alentour. Le Centre de Vie Enfantine exploite la topographie très simplement et s’installe dans la pente en encaissant légèrement le fond du bâtiment, tout en se décollant subtilement du sol à l’ouest pour ouvrir le portique sur le parc et la vue. Ce parti permet d’éviter toute modification du terrain naturel autour du bâtiment et de garantir la continuité paysagère du site : le parc reste un sol commun, traversé par des vues et des parcours.

Typologie et Atmosphère

Grâce à ses pans de toiture en pente convergente vers l’intérieur, la cour offre une forme intime qui fait la médiation entre deux échelles. Côté extérieur, la façade est plus haute, dialoguant avec le village, tandis que côté cour, la façade s’abaisse et adopte ainsi l’échelle des enfants. Cette intimité construite est renforcée par de grands débords de toiture. Ils constituent un outil climatique (protection solaire), mais aussi un outil d’usage : ils fabriquent une lisière couverte autour du jardin, un espace où l’on peut sortir même par temps incertain, où l’on peut ouvrir largement les salles sur l’extérieur, sans perdre la maîtrise de l’ensoleillement ni de l’intimité. La façade sur cour est ainsi largement vitrée : elle unit les espaces de vie et le jardin intérieur dans un continuum perceptible. À l’inverse, la façade extérieure est plus contrôlée : les ouvertures y sont cadrées et assurent une médiation avec le monde du village et du parc en créant de grandes fenêtres ponctuelles, cadrant les arbres du parc à des points précis du programme. Les espaces intérieurs en bois développent une atmosphère chaleureuse et sécurisante pour les enfants, dont la trame régulière les enveloppe dans un espace de calme apaisant.

Portique

Le seuil du bâtiment est traité comme une pièce urbaine. À l’ouest, le portique forme une façade principale côté village et un espace couvert accueillant. Il met en scène l’arrivée où l’on entre sous un abri, dans une zone de transition où les parents déposent l’enfant, où l’on peut attendre, discuter, se préparer. Ce portique prolonge la cour, tout en établissant une porosité contrôlée entre la cour et le parc : il laisse percevoir le jardin intérieur, mais filtre l’accès. Ce dispositif répond à une question centrale des lieux d’accueil : créer un seuil clair, rassurant et lisible.

Typologie et usage

La typologie en U permet une organisation très efficace. Le bâtiment se développe de plain-pied et minimise les surfaces de circulation : les secteurs s’articulent autour de la cour, en quatre entités intimes distinguées, séparées par des bandes « servantes » qui agissent à la fois comme tampons acoustiques et comme dispositifs d’autonomie. Les enfants n’ont pas a traverser les secteurs des autres ; chaque unité peut fonctionner indépendamment, tout en restant unifiée et reliée au centre commun qu’est la cour. Toutefois, une circulation continue est permise afin de valoriser les synergie entre les différents programme. Cette structure spatiale répond aux exigences programmatiques : trois secteurs avec leurs logiques propres, et des espaces communs (réfectoire, cuisine/économat) positionnés comme charnière entre trotteurs et moyens, afin de limiter les déplacements et de rendre l’exploitation quotidienne évidente.

Structure, usage, et durabilité

L’édifice est conçu sans points porteurs intermédiaires, libérant de toute contrainte interne. La structure portée par les façades et des éléments principaux permet d’adapter l’aménagement, d’évoluer avec les pratiques et d’anticiper un réusage futur. Les espaces de vie sont conçus comme de espaces en longueur, volontairement simples, mais subdivisibles. Ainsi, cette trame spatiale est capable d’accueillir des coins, des sous-groupes, des ambiances, selon les âges et les pratiques pédagogiques. Les pièces de repos peuvent être cloisonnées sans devenir des boîtes isolées : le projet privilégie des séparations réversibles et des dispositifs permettant de conserver la continuité visuelle et la surveillance, tout en offrant l’intimité nécessaire au sommeil.

Construction et durabilité

Le projet affirme une identité constructive sobre. Les parties enterrées et la dalle sont en béton recyclé, afin de limiter l’énergie grise là où la masse est nécessaire (stabilité, inertie, protection à l’eau). La structure porteuse et la toiture sont en bois, sur une trame répétitive à portées standards favorisant le bois local et une préfabrication maîtrisée. La structure secondaire et l’isolation sont réalisées en éléments préfabriqués assemblés sur place, pour optimiser coûts, délais et nuisances de chantier. L’enveloppe thermique vise les exigences SIA 2040 et Minergie : isolation performante, maîtrise des ponts thermiques et vitrages orientés/protégés pour les apports solaires d’hiver. Le bois, en structure et en revêtement, permet une réponse rapide à des usages variables, adaptée au rythme d’une crèche.

Confort estival et conception énergétique

Le confort d’été repose sur une stratégie passive : grands débords de toiture, protection solaire, masse thermique de la dalle et chape poncée apparente (déphasage nocturne), et toiture ventilée pour limiter le rayonnement. Chaque espace majeur s’ouvre sur la cour et sur l’extérieur ; la toiture et la position des ouvrants favorisent une aération naturelle, notamment pour les purges nocturnes. En complément, un dispositif de ventilation mécanique contrôlée permet de satisfaire les exigences énergétiques actuelles. La production de chaleur est prévue par une pompe à chaleur géothermique avec chauffage au sol basse température. La production photovoltaïque est intégrée en tuiles solaires, pour préserver l’homogénéité de la toiture tout en maximisant la surface active. La toiture à quatre pans optimise la captation solaire ; une étude fine précisera la répartition des tuiles. L’objectif est l’autoconsommation, notamment pour la pompe à chaleur et ses auxiliaires.